Ça mijotait en moi depuis quelque temps et, ces jours derniers, j'ai décidé de suspendre mon blogue, du moins pour une période indéterminée, après avoir réalisé qu'il y a actuellement sur le web une multitude de gérants d'estrade qui, retranchés confortablement derrière leur clavier, se permettent de commenter en long, en large, sans devant dessous et sous toutes les coutures, les voies impénétrables devant nous permettre d'accéder enfin à un statut de pays républicain pour ce Québec que je chéris tant.
Je fais cependant le constat malheureux et désespérant de l'impuissance des mots qui ont beau proliférer de toutes parts sans rien changer à la situation cul-de-sac qui est notre lot.
Je fais le constat que trop d'indépendantistes de tous poils se gargarisent de théories, certes parfois intéressantes, mais qui ne touchent pas la population du pays dont les habitants demeurent colonisés à l'os et dont le pire drame est qu'ils ne le savent même pas.
Je fais le constat des politiques extrêmement frileuses et colonisées des partis politiques soi-disant "souverainistes" et je comprends pourquoi ils ont peine à entraîner dans leur sillon les nouvelles générations qui ignorent trop souvent d'où nous venons et à qui on n'explique même plus le pourquoi vital du projet de pays. Trop de comment, comme disait récemment Facal, et pas assez de pourquoi...
Je fais aussi le constat que nous sommes encore submergés de propagande fédéraliste insidieuse (les Jeux olympiques en sont un bel exemple) et que nos porte-parole n'ont pas les ressources et les convictions inébranlables requises pour faire échec et mat à ces entreprises d'asservissement continu de notre nation.
Je fais aussi le constat que le Québec s'effondre de toutes parts et que presque personne ne voit que le roi est nu. Magouilles, collusions, tripotages, pas seulement dans la construction, mais à tous les niveaux de notre société qui a perdu ses repères deviennent de plus en plus la marque de commerce de ce pays qui n'en est toujours pas un vrai.
Je fais aussi le constat qu'alors que le gouvernement en place, à qui il reste encore trois années dans son entreprise de destruction massive de tous nos acquis passés, s'apprête à nous faire payer très cher ses folies, comme la construction de deux méga hôpitaux universitaires...dont les coûts vont encore exploser, soyez-en assurés, c'est déjà commencé dans le cas anglophone (rien qu'un autre petit 300 millions seulement cette semaine)...Et le Parti québécois, qui un temps nous a permis de rêver, approuve l'érection de ce symbole dédié à la gloire d'un multiculturalisme qui tue.
Je fais le constat que, même si beaucoup de citoyens ont ont marre, ils ne se mobilisent plus que derrière leur ordinateur pour exprimer leurs états d'âme et leur dégoût de cette situation où nous sommes en train de perdre notre identité.
Je suis profondément las de prêcher dans le désert et d'être lu par un petit cercle (toujours le même) qui tourne en rond en tentant héroïquement de faire changer le choses par la force des mots qui se perdent dans une cacophonie indigeste de phrases qui s'entrecroisent dans des débats devenus malheureusement stériles.
Je suis écoeuré de répéter et de marteler les mêmes constats désespérants et de sentir que mes mots se perdent dans un océan de voyelles et de consonnes apprêtées à toutes les sauces.
Et je constate avec tristesse que, pendant que nous écrivons et que nous trouvons des solutions à tous nos maux sociétaux, la majorité silencieuse, dont la pensée est chaque jour lessivée davantage par les instruments du pouvoir établi, via les débilités que la télévision lui enfonce de force dans la tête, demeure indifférente aux véritables enjeux qui sont une question de vie ou de mort de tout un peuple.
Il n'y a actuellement aucun parti politique au Québec pour porter haut le flambeau de la liberté que nous avons tant défendue dans le passé.
Je constate que, loin de progresser, nous régressons. J'ai souvent l'impression que je suis de retour aux années soixante, alors que tout était à contester et à bâtir, ce que nous avons fait avec ferveur.
Et, cinquante ans plus tard, un demi siècle c'est quand même quelque chose non ?, on en est encore à se demander le comment du pourquoi de la liberté dont l'idéal s'est fané avec l'usure du temps et la démission d'un trop grand nombre d'arrivistes qui ont profité outrageusement
des actes libérateurs du Front de libération du Québec pour se tailler de belles carrières bien pépères sous le parapluie doré de la défense du Québec.
J'ai donc décidé de me taire et de laisser braire. Je ne baisse pas complètement les bras, mais
je crois qu'il faut laisser aux plus jeunes le soin de perpétuer nos idéaux républicains car ce pays que nous avons tant souhaité, ce sont eux qui devront décider s'ils veulent le faire fleurir
parmi toutes les autres nations libres et indépendantes de notre planète,
Des dizaines et des dizaines de nations se dont donné des pays à eux depuis les années soixante et nous nous demandons encore le comment du pourquoi...Faut-il donc reprendre le combat à zéro et recommencer à aller voir nos concitoyens dans leurs cuisines pour rallumer la flamme ?
J'ai décidé de me taire, du moins pour un temps de réflexion. D'autres sauront vous bombarder de mots et de concepts. Je suis tellement révolté par tout ce qui se passe dans l'indifférence généralisée que j'ai parfois envie de massacrer ceux qui continuent impunément
de nous détrousser et de nous intoxiquer avec leurs beaux mots.
J'ai décidé de ranger les miens et de réfléchir à l'abrutissement que peuvent susciter ces maudits mots.
Pierre Schneider

